• Lettre de Tarik Djerroud à M. Ban Ki-Moon

     

    Une récente actualité vous a conduit dans nos parages. Une escale de plus dans un monde chamboulé par mille et une péripéties. Cette dernière escale, pourtant, avait une saveur exotique particulière : la visite des camps sahraouis. En sus, un « Azul ! » sorti d’entre vos babines à Alger a soulevé un élan de béatitude au sein d’un peuple dont la langue est longtemps ostracisée. Il est vrai que nos gouvernants ont pour fâcheuse habitude de montrer à leurs hôtes tout ce qui pourrait flatter leur propre orgueil et ripoliner leur image.

    Aussi, ne vous est-il pas échappé que notre pays traverse une période critique ; le délitement moral est paroxysmal ; nos finances mal dépensés ont glissé brutalement comme un homme sur une peau de banane. Et vous l’auriez remarqué : l’Etat algérien soutient mordicus nombre de causes, souvent justes, la question palestinienne et celle du peuple sahraoui figurent en tête de gondole. L’Etat algérien est aussi trompeur qu’un mirage au Sahara. Triste hélas est le constat des Droits de l’homme en notre pays. Non par manque d’adhésion et de déclamations, mais par la forte sécheresse d’actes effectifs qui rend nos saisons emplies de désenchantement.

    On vous a déroulé le tapis rouge pour vous mettre dans l’ambiance des meilleurs des mondes, mais vous convenez que « la diplomatie est aussi un art dans lequel excellent les hypocrites » et le tralala des potentats n’est que monnaie apocryphe comme la saleté agressive de nos paysages qui fait horreur et plonge nos narines dans l’insoutenable.

    Bien que la dernière Constitution soit tricotée pour être à la mesure des vœux et caprices de nos gouvernants, elle est par ailleurs truffée de passages aberrant comme des trompe-l’œil. La liberté de conscience constitue ce paradigme sans lequel ni la fraternité ni l’unité ne peuvent voir le jour, encore moins une vie sereine et savoureuse ne peut être goûtée.

    En fait, la liberté de conscience n’est qu’un masque. Et la Justice, parlons-en ! Saluée comme la colonne vertébrale de toute nation, elle demeure dans notre pays comme un canard boiteux où un juge n’a guère de force pour convoquer un haut dignitaire devant le prétoire.

    Les femmes ne sont pas en bonne posture, non plus. Elles ploient sous le poids de traditions pour le moins iniques et d’un arsenal juridique guère avantageux et loin de répondre savamment aux exigences d’une vie digne et épanouie. Ceci dit, le grand drame est que les femmes sont ballottées entre la résignation, l’ignorance de leurs droits et une violence machiste immonde.

    Il est cardinal de préciser que cette fitna est soutenue par une école aux abois et des homélies dans les mosquées livrées à d’irréductibles salafistes avec lesquels aucune discussion n’est possible. Pas même par le canal de la spiritualité qu’ils revendiquent sur chaque toit ! Ah, nos maux sont nombreux ! Et chaque question constitue tout un programme à prendre en charge, loin des élucubrations infra-intellectuelles. Exit le chômage, les brimades policières, les libertés syndicales bafouées. Même le suffrage universel est rangé au rang de chimère. D’ailleurs, voyez-vous, les Algériens forment de longs contingents de candidats à l’émigration auxquels nous souhaitons bon vent ! Et cependant, nous autres qui restons cramponnés à cette terre dans l’espoir d’une hypothétique vie décente, méritons un sincère soutien et un chaleureux encouragement. Sauvegarder la flore, la faune et le patrimoine matériel et immatériel est urgent. Comme des espèces en voie de disparition ! Votre « Azul ! » a certainement chatouillé l’oreille de votre auditoire, il ne faut guère en douter. Azul ! est le salut emblématique puisé d’une langue millénaire, l’une des plus vieilles au monde : tamazight, dont l’odyssée résume toute la tragédie de toute l’Afrique du nord et comme mémoire narcissique blessée. Il fut un temps où l’évocation de tamazight signifiait la manifestation du diable ! Il fut un temps où tous les ayatollah dont disposait l’Algérie giclaient des saillies pleines d’effroi, d’une haine moribonde, envers cette langue à la beauté intemporelle qui nourrit une éternelle identité.

    Là-bas, où vous siégez, en haut du perchoir de l’Assemblée des Nations-Unis, nombreuses chartes sont prescrites pour la sauvegarde et la promotion des langues. Hélas ! notre tamazight n’y est pas utilisée. Excusez-moi de vous rappeler que cette langue a connu son enfance avec le copte et le punique, son adolescence avec le romain, le grec et l’arabe. Elle a faillit disparaitre lorsque nos gouverneurs ont décidé d’élaguer le patrimoine de l’Afrique du nord dans un esprit pour le moins sectaire. Cependant, tamazight, tel un chat, aura connu sept vies et traversé de multiple fleuves et autant d’épreuves.

     Actuellement, sept langues sont considérées comme officielles au sein de l’organisation onusienne que vous dirigez. Cette cohabitation est une fière texture du génie des hommes dont le seul grief à soulever est cette triste propension qu’ont les hommes à envoyer les langues en bisbilles comme des amazones qui prolongent leurs gourmandises. D’où l’escalade de cette guerre des langues !

     Y a-t-il meilleure Olympe que la tribune de l’ONU pour consacrer la fraternité linguistique et n’est-elle pas la meilleure vitrine pour mieux exprimer aussi bien la diversité, la beauté et la richesse d’un tel legs de nos aïeux, chacun dans son giron respectif ? Tamazight est très présente en Afrique du nord. Les successives vagues d’émigrations vers l’Europe, l’Asie, l’Amérique et jusqu’à la Nouvelle-Calédonie durant un moment de triste mémoire, ont emporté la langue comme une indélébile empreinte d’un attachement et pour conjurer l’arrachement à la terre natale. De nos jours, tamazight est une langue transnationale qui jouit de toute la latitude pour être consacrée comme une langue officielle à l’ONU. Rejoindre de belles et vieilles langues comme le russe, le français, l’anglais, l’arabe, le chinois, l’allemand n’est que justice. Une promotion à l’ONU pour le portugais et tamazight ne seront qu’un épanouissement mérité et une belle récompense pour des langues qui enchantent des millions des personnes, lesquelles expriment un ardent désir de vivre ensemble.

    Il appartient désormais à l’ONU de montrer son soutien aux causes justes, aux langues valeureuses et à la prospérité des civilisations. Quand l’exemple vient d’en haut, il est toujours de bon aloi. 
     

    Cordialement

    Tarik Djerroud (Journaliste et Romancier)

    Lettre de Tarik Djerroud à M. Ban Ki-Moon

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